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Par un froid mais superbe matin de novembre 1873, un canoë glisse le long de la côte est du lac Témiscamingue. À la proue et à la poupe, nous retrouvons Messieurs O’Dwyer et O’Hanley, arpenteurs géomètres gouvernementaux, engagés pour tracer la carte de la région du Témiscamingue. Un aventureux jeune Anglais est perché sur un amas d’équipement au milieu du canoë. Il se nomme Charles Cobbold Farr. Nouveau venu au pays et dans la région, il a rejoint l’équipe comme bûcheron.

À peu près un mille au sud de l’embouchure de la rivière Kipawa, Farr aperçoit d’étranges scintillements en haut des falaises surplombant le lac. Pour quelques minutes, il rame sans rien dire, tout en regardant les rochers étinceler et luire dans la lumière changeante du jour. Charles Farr est curieux mais prudent. Il a appris à ses dépends que ses compagnons aiment " faire marcher " les nouveaux 
venus lorsque l’occasion se présente.

Comme le canoë s’approche du bas de la falaise, O’Dwyer remarque le regard inquisiteur du jeune Anglais vers ces éclats déconcertants. " Voyez-vous les Picojeesies là-haut, M. Farr? C’est le soleil qui reflète sur leurs ailes qui les fait briller autant. "


Illustration by Ida Rentoul Outhwaite

 fairy1.gif (2202 octets)" Picojeesies? " demande Farr, s’attendant à se faire " mener en bateau " encore une fois.

 

" C’est exact " réplique en souriant O’Dwyer tout en glissant un clin d’œil à O’Hanley à l’avant du canoë. " Les Picojeesies sont de petites fées qui habitent dans le haut des falaises. Tous les jours lorsque le soleil brille, les Picojeesies s’aventurent à l’extérieur pour batifoler et danser. "

Farr regarde vers O’Hanley espérant un peu de réconfort.

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" C’est vrai " rajoute O’Hanley montrant du geste l’imposant amas de roc. " Les Picojeesies possèdent le secret de l’amour et de la bonne fortune. Seulement, seuls ceux qui ont le courage de grimper là-haut et qui en capturent une, peuvent en connaître le secret. "

" Je te crois, O’Hanley " répond Farr, en espérant terminer la conversation. " Je me suis souvent questionné sur le secret de l’amour et de la bonne fortune… Mais, en ce moment, je suis heureux d’être ici et d’y réfléchir encore. "

" Comme tu veux " s’exclame O’Hanley sortant des replis de son havresac un peu de nourriture. " De toute façon, çà ne fera pas de mal à personne de laisser une petite offrande en signe de bonne volonté aux Picojeesies " dit-il en déposant la nourriture au pied de la falaise.

Dans ses journaux, Charles Farr n’a jamais confirmé s’il retourna sur les falaises à la recherche des Picojeesies. Malgré tout, amour et bonne fortune ont fait partie de son destin. Quelques mois plus tard, il décrochait un bon emploi à la Compagnie de la Baie d’Hudson où il s’est élevé rapidement dans la hiérarchie (il fut le dernier chef de poste du Fort-Témiscamingue). Il a épousé la femme qu’il aimait, Georgina Probyn de Pembrooke. Ils se sont installé sur des terres sur la rive nord-ouest du lac Témiscamingue.

L’histoire se souvient de M. Charles Cobbold Farr comme d’un citoyen impliqué et le fondateur de la ville d’Haileybury (Ontario.)

 

Traduction libre

Extrait de : Sorenson, Scott, " Kipawa River Chronicles : Adventure In The North Woods ", 1999, pp. 141 - 143


 

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