C’est grâce au système hydrographique du bassin de l'Outaouais supérieur qu’a pu se développer l’industrie forestière au Témiscamingue dans la deuxième moitié du 19e siècle. La rivière Outaouais et ses affluents ouvrent en effet l’accès à de grandes étendues boisées et permettent le flottage du bois sur de très longues distances à une époque où il n’y a aucun système de transport routier ou ferroviaire au Témiscamingue.

Le développement forestier du Témiscamingue se fait en deux étapes :

Bois d'oeuvre
  • Première étape (1850-1910) :
  • les compagnies forestières se lancent à l’assaut des grandes forêts de pins autour des lacs Kipawa et Témiscamingue, forêts qu’elles vont décimer en quelques décennies.
    • 1800 :
    • L’Américain Philémon Wright fonde Hull pour en faire le centre d’exploitation forestière pour le district de l’Outaouais supérieur. Les compagnies de bois remontent peu à peu l’Outaouais.
    • Avant 1850 :
    • Il se fait peu d’exploitation forestière au Témiscamingue et elle se situe surtout autour du lac Témiscamingue (chantiers Mc Connell au sud du lac en 1840 et John Egan autour du lac en 1845).
    • À partir de 1850 : Surtout dans la région du lac Kipawa
    • 1863 : 5 chantiers en opération sur le Kipawa

      À partir de 1880 :

      Des concessions et permis de coupe (du pin) sont accordées autour des lacs Kipawa,

      Des Quinze et Simard. 2000 bûcherons dans les chantiers du Témiscamingue. Parmi les compagnies en opération autour du lac Kipawa : Booth, Gillies Brothers, E.B Eddy et Mc Laughlin : autour du lac Des Quinze : Fraser & Compagny, W.C. Edwards, Bryson, Klock et Colonial Lumber. Les compagnies amènent leurs bûcherons en s’implantant (les "voyageurs ").   camps forestiers
      camps forestiers
       
    • 1873 :
    • Olivier Latour ouvre la première scierie au Témiscamingue sur la rivière Kipawa.
      • Les premières scieries du Témiscamingue ont été bâties dans la partie sud de cette région. Ce sont la scierie d’Olivier Latour construite vers 1873 sur le bord de la rivière Kipawa et la scierie d’Alex Lumsden (donne alors sous le nom de Lumsden Mill) construit en 1888 au sud du lac Témiscamingue.   Il met en service, en 1882, le premier "steam-boat": le Mattawan pour les besoins de son moulin à scie.
      •  moulin à scie
        moulin à scie
         
          • Le mouvement de colonisation agricole amènera le développement des usines de transformation du bois. Les colons ont besoin de planches et de madriers pour la construction de leurs maisons et de leurs bâtiments de ferme. Les années 1900-1920 verront donc plusieurs usines de transformation du bois s’implanter dans les principales paroisses. En 1916, on dénombre dix-neuf scieries et quatre fabriques de portes et châssis au Témiscamingue.
        • 1888 : Alex Lumsden construit une scierie au
    • Témiscamingue : " Lumsden Mill ", au sud du lac Témiscamingue non loin du lac Kipawa. 

      À ce moment-là, le Témiscamingue est couvert à 90% de pins gigantesques, puisque ses forêts n’ont jamais été bûchées. Les compagnies forestières vont donc y faire fortune et une bonne partie du bois coupé sera exporté vers l’Angleterre, pour la construction des navires et l'industrie du meuble.

      Pour sa part, le gouvernement québécois va tirer une source importante de revenus des forêts témiscamiennes, grâce aux droits de coupe qu’il accorde aux compagnies forestières. En retour, avant 1900, la région ne lui coûte presque rien en subsides pour les services publics.

    • L’essor de la colonisation au Témiscamingue crée une nouvelle main-d’œuvre locale. Les bûcherons témiscamiens sont aussi agriculteurs et le travail en forêt est leur principal revenu. Cet argent sert au développement des fermes. L’exploitation forestière aide donc à la colonisation, en facilitant l’installation des colons (terres de bois coupé), en leur fournissant du travail et un marché pour l’écoulement de leurs produits. Par contre, elle nuit aussi d’une certaine manière, puisque les fermes ne sont pas exploitées à leur pleine valeur, les fermiers passant trop de mois par année dans les chantiers.
  • Bois de pulpe
  • Deuxième étape (1910 à nos jours) : on voit alors l’exploitation forestière s’étendre vers le nord-est du Témiscamingue, la prépondérance du bois de pulpe s’affirme avec la construction d’une pulperie à Témiscaming en 1917 et l’apparition d’un géant du papier, la compagnie Canadian International Paper (C.I.P.), qui régnera en maître sur les forêts témiscamiennes pendant plus d’un demi-siècle.
    • 1910 :
    • 5000 bûcherons et 2000 chevaux au travail dans les chantiers du Témiscamingue. Parmi les autres compagnies sur le territoire témiscamien : Hull Lumber, Hawkesbury Lumber, Ottawa Lumber, Sheppard & Morse et Sherbrooke Lumber.
    • 1917 :
    • La Riordon Pulp and Paper construit une usine de pâte soluble à Témiscaming (1000
    • habitants en 1921) à cause de la proximité et de la pureté de l’eau et de l’électricité du ruisseau Gordon. Les concessions de la compagnie (achetées de plusieurs compagnies) entourent les bassins forestiers des lacs Des Quinze et Expanse  la Riordon Pulp & paper en 1920
      la Riordon Pulp & paper en 1920
       Layboy, de Riordon co.
      Layboy, de Riordon co.
      • (Simard) et vont au nord jusqu’à la ligne de partage des eaux. Les opérations forestières commencent à l’automne 1918 et l’usine entre en production peu après. Les zones de coupe se situent alors autour des lacs Des Quinze et Expanse (Simard) et le bois coupé est constitué de sapin et d’épinette pour la fabrication de la pulpe de bois.
      • La Riordon met sur pied une nouvelle unité administrative : la Kipawa Woods Division et l’établit à Témiscaming. Elle a en plus un centre administratif secondaire à Ville-Marie. Ce bureau est transféré à la Baie Gillies en 1922 (le Dépôt Riordon).
       
       
    • 1920 :
    • La Riordon a 6 à 7 camps de 60 à 85 hommes chacun du côté nord des lacs Des Quinze et Simard.
    • 1922 :
    • La Riordon introduit le système de coupe de bois à contrat (jobbers). Le jobber du trainTémiscamingue recrute ses hommes dans sa paroisse et parfois dans plus d’une paroisse. Les zones de coupe sont maintenant au nord du Rapide Esturgeon et autour de l’Outaouais Supérieur et de la rivière Kinojévis. La Riordon achète également le bois sur les lots des colons, lequel, avec l’arrivée du Canadien Pacifique, sera acheminé par trains jusqu’à Témiscaming.
    • 1924-25 :
    • Tout le travail en forêt est à contrat dans les limites de la Riordon au Témiscamingue (les jobbers). Le travail à forfait ou la rémunération à la pièce remplace peu à peu le salariat.
    • 1925 :
    • Achat de la Riordon par la Canadian International Paper. La C.I.P. entreprend aussitôt l’exploitation systématique des forêts du Témiscamingue et de l’Outaouais supérieur.
    • Les concessions achetées par la Riordon sont exploités et regroupées en unité, le bloc A. Les nouvelles concessions obtenues au Témiscamingue sont divisées en 2 unités : la réserve Kipawa et la réserve des Quinze et sont protégées jusqu’aux années 1940.
    • Plusieurs moulins à scie font leur apparition.
    • 1927 :
    • Établissement du Dépôt Cléricy et du Dépôt Clérion. Le Dépôt Riordon perd maintenant de son importance à mesure que les opérations forestières progressent vers le nord.
     
     moulin de pâte et paper; là où les trains étaient chargés, Témiscaming.
    moulin de pâte et paper; là où les trains étaient chargés, Témiscaming.
    • 1929 :
    • La crise économique fait chuter la production de bois de 40% entre 1930 et 1933. Le salaire de base est de 26$ par mois de 26 jours de travail en 1932.
    • La Division Kipawa construit un centre administratif à Noranda et , en 1932, c’est le bureau chef de la Kipawa Woods Division qui s’installe à Noranda.
    • 1933 : Le dépôt de Clérion est le point de départ de la grande grève des bûcherons de la région de Rouyn-Noranda (à cause de la baisse des salaires due à la crise économique). Les "bûcherons-voyageurs " (ceux qui viennent de l’extérieur de la région) déclenchent la grève du Clérion et ceux du Témiscamingue retournent dans leurs paroisses et attendent la fin du mouvement de grève. Près de 700 bûcherons sont en grève.

    1935 :

    hommes au chantier, sur l'heure du diner
    hommes au chantier, sur l'heure du diner
     Le gouvernement établit le salaire minimum des bûcherons à 37$ par mois de 26 jours de travail. Les bûcherons d’expérience travaillant en forfait, peuvent alors gagner jusqu’à 65$ par mois.
    • 1938 :
    • Le centre des opérations pour le secteur des lacs Des Quinze et Simard est transféré du Dépôt Riordon à Angliers. Le Dépôt Riordon servira uniquement au remisage des bateaux l’hiver jusqu’en 1955. (Le Dépôt Cléricy déménage à Mc Watters)
    • 1950 :

      Le métier de bûcherons se spécialise, le travail en forêt se mécanise et la durée de la saison de coupe s’allonge.

    • 1972 :
    • Jugeant qu’elle n’était plus suffisamment rentable, la C.I.P. ferme son usine de pâte soluble à Témiscaming en mai. La population se voit privée de son plus gros employeur et l’économie locale est grandement menacée si rien n’est fait.
    • 1973 :
    • Formation de Tembec et Tembois et achat, le 1er août, de l’usine de la C.I.P.
    • Après 1980 :
    • Les "grandes années " des coupes de bois sont passées et le flottage du bois est terminé depuis 1976 du côté du Témiscamingue québécois. Quelques compagnies forestières œuvrent tout de même au Témiscamingue, le groupe Tembec (Tembois, Temfibre, Temcell, Temboard, Scierie Béarn, Cèdre Fabre et Temfor), la Compagnie de contre-plaqué du Canada de Belleterre (Canada Veneers) et la Commenwealth Plywood de Tee Lake.