Le Témiscamingue se peuple en trois étapes distinctes : la formation du Vieux Témiscamingue, la colonisation des années 1930 et la colonisation minière. Malgré tout, il y a un point commun : dès leur arrivée, les colons s’empressent de construire une église et une école. C’est ainsi que débute l’histoire de l’éducation au Témiscamingue.

Première commission scolaire; centrale

Les colons des missions et des différentes paroisses se regroupent en une commission scolaire pour plusieurs raisons. Premièrement au début, aucune de ces paroisses n’est encore reconnue civilement. Deuxièmement, la faible population de chaque paroisse ne permet pas la création d’une commission scolaire locale. Ce dernier facteur laisse supposer l’éparpillement des colons-agriculteurs dans les cantons.

Au début du siècle, il existait une commission scolaire centrale, appelée la commission scolaire de Témiscamingue. Elle regroupait quelques paroisses et missions : Lorrainville, Béarn, Laverlochère, Duhamel-Ouest, Guigues et Ville-Marie. Le siège social est situé à Lorrainville. Avec le temps, la commission scolaire de Témiscamingue précise et agrandit son territoire. Toutefois, à mesure que la population augmente, chaque paroisse crée sa propre commission scolaire locale. Dans quelque paroisse, l’école précède l’église. Par exemple, à Lorrainville, les paroissiens construisent l’église en 1907, et la commission scolaire y siège dès 1900. Nous pouvons donc dire que les colons organisent rapidement un système d’éducation dans leur nouveau pays d’adoption.

Commissaires d'écoles

En ce qui à trait aux commissaires d’école, ils se veulent être des législateurs : ils font respecter les lois du Département de l’Instruction Publique (DIP). De plus, ils administrent les écoles, voient à l’entretien et à la construction. Même s’ils engagent les professeurs, les commissaires ont peu de contacts avec eux : ça se résume à la visite annuelle de fin d’année. De plus, ils achètent des prix pour remettre aux élèves à la fin de l’année scolaire.

 

Le rôle du curé dans l'éducation

Le curé du village ne joue pas un rôle prépondérant dans l’administration des affaires courantes de la commission scolaire. Du moins, il ne ressort pas beaucoup. Parfois, le curé est commissaire d’école, mais, en règle générale, il s’en tient à la visite annuelle des écoles et aux offices religieux. En cas de conflit, le curé ne tarde pas à manifester sa présence. Le curé peut aussi intervenir en dehors des conflits. En 1914, les commissaires le mandatent de trouver une communauté religieuse pour enseigner à l’école du village de Lorrainville. Il arrête son choix sur les sœurs de l’Assomption. Bref, le curé du village, sans s’impliquer directement dans les affaires de la commission scolaire, veille à sa bonne marche.


Cours donnés par l'école Moffette 
Écoles spéciales

Dans les années 1930, deux (2) écoles spécialisées verront le jour : l’école Normale, en 1931, et l’école d’agriculture Moffette, en 1939. Ces écoles répondent aux besoins locaux : former des institutrices pour les diverses écoles du comté et assurer la relève agricole.

 Les types d'écoles

Le Témiscamingue compte trois (3) types d’école. L’école de rang est la plus répandue.  Au Témiscamingue, la population est plus restreinte ; il faut donc répondre aux besoins locaux. C’est pourquoi l’on retrouve un nombre élevé d’écoles de rang, état donné que la base économique est l’agriculture. L’école du village et celle du gouvernement (colonie et réserve constituent les deuxième et troisième types. )Ces écoles ont leurs propres particularités.


Dans les deux premiers cas, les écoles appartiennent à la commission scolaire locale qui doit les construire, les entretenir, les chauffer et les meubler. Elle dispose de deux sources de financement lorsque la construction ou la rénovation d’une école s’imposent. Les commissaires peuvent emprunter de l’argent soit à une banque ou soit à un particulier du village. Toutefois, ils doivent payer des intérêts sur ce prêt.

 

École de rang

Chaque paroisse possède plusieurs écoles de rang. Règle générale, il y a une école par rang. Toutefois, un rang peut compter plus d’une école, dépendant de son étendue, du nombre et de l’emplacement des agriculteurs. L’école est construite au milieu du groupe de cultivateurs. La distance à parcourir pour se rendre à l’école ne doit pas dépasser cinq (5) kilomètres. L’institutrice chauffe elle-même l’école, dotée d’un poêle à deux ponts. Le poêle à bois est situé dans la classe mais la porte du four donne du côté du logement de la maîtresse. Le confort ne




 -École du rang 9 à Latulipe, en 1937-1938.
-École du rang 9 à Latulipe, en 1937-1938.
règne pas dans les écoles de rang. Le plancher est en bois rude, l’hiver, il fait froid à l’intérieur, puisque l’école n’est pas isolée. Les toilettes extérieures se divisent en deux : un côté pour les filles et un autre pour les garçons.

Écoles de village
 École du village de Fugèreville, en 1934-1935.

École du village de Fugèreville, en 1934-1935.
Les écoles de village se différencient de celles de rang. Dans la majorité des villages témiscamiens, la première école sert également de chapelle. Le dimanche, les paroissiens sortent les bancs et pupitres, transformant l’école en chapelle. Après la messe, ils replacent le mobilier scolaire. Peu de temps après, la commission scolaire construit une école neuve. Ce bâtiment est plus gros que celui des rangs ; souvent à deux ou trois étages, il contient plusieurs locaux d’enseignement. Chaque niveau scolaire est isolé des autres. Dans certains cas, les commissaires regroupent deux degrés

lorsqu’il y a manque d’élèves. L’école possède un système de chauffage central. Les commissaires troquent le poêle à bois pour une fournaise. Dans plusieurs villages, l’école abrite les religieuses qui y enseignent. Le programme enseigné au village est plus complet que celui des rangs.  

Les professeurs

 La grande majorité des professeurs sont de sexe féminin. Nous retrouvons toutefois un instituteur à la commission scolaire de Lorrainville, et ce dès 1902. Par ailleurs, ce ne sont pas toutes les femmes qui peuvent enseigner. Les premières à être embauchées sont les filles célibataires et diplômées. Viennent ensuite les célibataires non diplômées et en dernier lieu les femmes mariées.

Écoles du gouvernement

Il existe d’autres écoles au Témiscamingue : celles appartenant aux gouvernements. Le département de la Colonisation du Québec en possède quelques-unes. Le ministère des Affaires indiennes du Canada construit des écoles dans ses réserves amérindiennes. Les plans de colonisation Gordon et Vautrin des deux paliers de gouvernement (1932-1936) amènent la création de paroisse de colonisation au Témiscamingue. Il s’agit de Moffet, Laforce, Rémigny et Roulier. En quoi ces écoles diffèrent-elles de celles des paroisses du Vieux Témiscamingue ? D’abord, elles sont construites par le département de la Colonisation qui voit à leur entretien. Dans les autres paroisses, ce sont les contribuables qui paient pour ce service. De plus, le gouvernement défraie directement le salaire des institutrices. Les écoles de colonies ressemblent beaucoup à celles des rangs. Un vestiaire est ajouté à l’entrée pour accrocher les manteaux des élèves. Il y a également une tablette pour mettre la chaudière d’eau et une tasse.

Les écoles de rang et de village disparaîtront au début des années 1960 lorsque débute la centralisation des écoles. Les polyvalentes prendront ensuite la relève.