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Voies artisanales
La construction du chemin de fer au Témiscamingue se fait en trois étapes. Dans les années 1880, un système de voies
ferrées artisanales mis sur pied par la Société de Colonisation du lac Témiscamingue
le long des rapides répond aux besoins du mouvement de colonisation. Effectivement, pour
les colons, se rendre dans la nouvelle région du Témiscamingue n'est pas évident. Le
chemin pour se rendre au Témiscamingue est très long et parsemé de nombreux obstacles;
les rapides entre autre. La Société de Colonisation du lac Témiscamingue (SCLT) veut
donc améliorer cette voie d'accès. En 1885, la SCLT construit un chemin de fer à voies
étroite le long des six rapides du Long Sault. Une locomotive tirera les tramways. Dans
le même temps, un chemin à lisses est construit le long des autres rapides. Sur ces
voies, les tramways sont tirés par des chevaux et le chemin de fer est à voies étroites
de 13 kilomètres. Entre les rapides, les colons circulent en canots sur les rivières et
ses bateaux à vapeur sur les lacs. En 1886, les travaux sont terminés. Le tramway
Gendreau, en l'honneur du père Gendreau, fondateur de la SCLT, circule sur la voie
ferrée du Long Sault.
Cependant, la SCLT veut concentrer ses énergies sur la
colonisation et le défrichement des cantons Duhamel et Guigues. Elle fonde donc une
compagnie qui s'occupera exclusivement des transports: la Compagnie de navigation et du
chemin de fer de Témiscamingue. La Compagnie pilote donc le projet de construction
dun chemin de fer de Mattawa au Long Sault et jusqu'au lac Kipawa. Le tronçon
débute en 1888.
Achat
par le Canadien Pacifique
En 1891, le Canadien Pacifique, qui
possède la voie entre Montréal et Mattawa, achète linfrastructure en place. Au
milieu des années 1890, le Canadien Pacifique remplace les vois ferrées existantes par
des voies de largeur standards et relie ainsi directement Mattawa à Lumsdens Mill,
puis à Kipawa. Alex Lumsden et, plus tard, la Riordon Pulp & Paper Co. les
utiliseront pour lexpédition de leurs produits forestiers.
Construction
du chemin de fer
La troisième étape séchelonne sur
plusieurs années. Elle débute en 1912 grâce à une subvention du gouvernement
fédéral. De son côté, le gouvernement du Québec cède 1619 hectares de terres par 1,6
kilomètres de voie ferrée pour la réalisation du projet qui vise à relier Témiscaming
à Ville-Marie, une distance de 80 kilomètres. Les travaux sont arrêtés pendant la
Première Guerre mondiale (1914-1918).
Lannée 1921 marque un soulèvement des
promoteurs du Témiscamingue. La construction du chemin de fer nest pas commencée
malgré la promesse du Canadien Pacifique et du gouvernement québécois. De plus, pendant
ce temps, les tenants de la colonisation et les industriels saffrontent au sujet du
tracé du chemin de fer. Les premiers voudraient quil desserve les nouvelles
localités, tandis que les seconds favorisent le plus court t racé possible pour atteindre le lac Des-Quinze,
passant au cur des vieilles localités agricoles.
Suite à tous ces débats, la construction du chemin de
fer commence finalement le 6 octobre 1921. Le tracé choisi répond aux besoins des
exploitants forestiers et profite par la même occasion aux besoins du commerce de la
région car il est vrai que le Canadien Pacifique songe avant tout à sa rentabilité. La
population du Témiscamingue nest pas assez nombreuse pour rentabiliser à elle
seule la compagnie du chemin de fer. Alors, il est donc décidé de se rendre à Angliers
en passant par les localités déjà existantes. Ce tracé est plus court et par la même
occasion, moins coûteuse. Cependant, la compagnie offrira de même des services pour les
voyageurs. Ainsi, la voie ferrée permet à la fois dacheminer le matériel entre le
moulin de Témiscaming et les camps et dépôts de la Riordon, à la fois aux agriculteurs
des vieilles localités agricoles dexpédier le bois de pâte coupé sur leurs
terres.
Étapes
de la construction
Par contre, la ligne de fer nest pas
construite en une seule étape, en fait, 3 parties sont effectuées avant la fin du
tronçon Témiscaming Angliers. En premier lieu, la section qui joint Kipawa à Fabre se
termine en septembre 1922. Par la suite, la section est construite liant Fabre à
Laverlochère et comprenant, à Gaboury (près de Béarn), un embranchement vers
Ville-Marie. Cette voie comprend environ 12 kilomètres. Cest en 1923 que le chemin
de fer atteint Ville-Marie. Enfin, la dernière étape, reliant Laverlochère à Angliers
atteint le pied du lac des Quinze (Angliers) en 1924. Ce village devient le terminus du
chemin de fer. La distance entre Témiscaming et Angliers est denviron de 123
kilomètres et près de 135 en passant par Ville-Marie.
Dès 1923, on croit que la construction ne cessera pas et
quelle se poursuivra jusquà ce quelle atteigne la jonction du
Transcontinental (voie reliant Québec à Winnipeg) près de Amos. En 1924, la
possibilité de prolonger la ligne jusquà la région minière de Rouyn et même
au-delà est entrevue. Donc, en 1935, le Canadien Pacifique reçoit, du gouvernement
québécois, une charte lautorisant à poursuivre la voie jusquà Rouyn.
Malheureusement, un conflit mondial met fin à cette charte, la Deuxième Guerre Mondiale
(1939-1945).
Utilisations
du chemin de fer
Le train a grandement contribué au
transport des produits, que ce soit pour lexploitant forestier, le marchand
général, lagriculteur, les différentes entreprises, les particuliers et, plus
tard, les st ations
dessence. Au début du chemin de fer, les grosses et les petites marchandises
étaient livrées par train, dont, par exemple, les instruments agricoles, les meubles et
la nourriture. Même le courrier arrivait par train. Avant, il fallait se rendre au quai
de Ville-Marie pour le recueillir, il était alors transporté par bateau à partir
dHaileybury.
Une autre utilisation du chemin de fer concerne la
transport des passagers. Cétait alors possible de faire un voyage à Montréal en
quinze heures environ. De plus, avec larrivée du nouveau autorail diesel, les gens
pouvaient effectuer un voyage vers un village voisin et de revenir la même
journée. Lors de la crise économique, de 1930, pour encourager le travail, on ouvre de
nouvelles terres pour les gens de la ville, la plan Vautrin. Les colons arrivent donc par
train et plusieurs sinstallent autour des stations. La compagnie du Canadien
Pacifique a offert une diminution de son taux de transport pour les colons et leurs
marchandises. Dans les années 1930, un billet ordinaire pour Montréal, à partir de
Angliers en passant par Mattawa, coûtait 14,25$. Le colon pouvait effectuer ce même
voyage pour 10,20$. Celui qui sétablissait grâce au
plan
Vautrin, avait droit à un rabais, il payait alors 7,40$.
Employés
du chemin de fer
Plusieurs employés travaillent à la
construction du chemin de fer. Afin de maintenir des services dentretien de la voie,
les locomotives, des wagons ainsi que des services à la gare, on y emploi plusieurs
personnes qui occupent différents fonctions. Le cheminot voit au bon entretien, à la
sécurité des voies ferrées, et à la manuvre des voiturette
(" prout-prout ", dans le langage des employés). Le cheminot doit
" pomper " des manivelles sur la plate-forme de la voiturette, et
lorsquil se trouve sur une légère pente, cette tâche devient physiquement ardue.
Une autre fonction est celle du contremaître à lentretien. Sa principale tâche
est de superviser le travail des cheminots et de voir à ce que le chemin de fer soit
toujours en bonne condition. Le chef de gare ou agent de station accomplit, surtout, des
tâches administratives et voit à la bonne gestion des marchandises. Il doit connaître
les techniques de la télégraphie. Plusieurs personnes du Témiscamingue consacreront
leur vie au chemin de fer. Pour beaucoup demployés, ces années de travail ont
été de belles années. Travailler pour le chemin de fer devient un emploi stable et
privilégié comparativement aux autres métiers de ce temps.
Gare
Le chemin de fer était important, la gare létait tout
autant. Cétait le lieu de rencontres et déchanges où la visite arrivait,
où lon partait pour un long voyage. C’était également un lieu de
rassemblement, de curiosité et de nouveauté. Le quai de
la gare a ainsi pris la place

ancienne photo de la gare de Témiscaming |
du quai où accostaient les
bateaux du lac Témiscamingue. La plupart des gares possédaient une salle dattente,
un guichet où acheter les billets, des toilettes et un logement destiné au chef de gare.
Des hangars étaient situés à larrière. Larrivée des " gros
chars " suscitait la curiosité puisque les gens se rendaient souvent à la gare
pour voir qui arrivait. Le service de télégraphie était également disponible à la
gare et cétait souvent le premier endroit où il y avait lélectricité et le
téléphone. |
Déclin
du chemin de fer
Cependant, dans les années 1950-60,
lamélioration du réseau routier sonne la progression des entreprises de
camionnage. Cest alors la concurrence entre les deux transporteurs de marchandises,
puisque quelques transporteurs par camion fixent leurs prix au même seuil que celui du
transport ferroviaire. À cause de cette concurrence, le Canadian Pacifique accuse donc
des pertes considérables, lannée 1976 apporte un déficit de 390 000,00$ pour la
compagnie. Donc, en 1977, le Canadien Pacifique fait une demande dabandon des
subdivisions Témiscaming et Ville-Marie à la commission canadienne des transports.
Létat de la voie est en piètre état : sol affaissé, ponts mal entretenus et
clôturés et on évalue un coût très élevé pour la réparation. Les services sont
minimisés et à certain endroit, ils sont offerts que sur demande.
Suite à des discussions des deux partis, deux
propositions sont faites de la Commission canadienne des transports. La première
proposition consiste à abandonner la partie Laverlochère Angliers puisquelle
nest pratiquement plus utilisé et à cause de la population restreinte dans cette
région. La deuxième proposition est de maintenir les services de marchandises de
Gendreau à Laverlochère et de Gaboury à Ville-Marie. Un délai de cinq ans est ensuite
déclaré afin de poursuivre la révision des requêtes dabandon.
Après le cinq ans accordé, le Canadien Pacifique
désire toujours abandonner des subdivisions Témiscaming et Ville-Marie. En novembre
1985, une deuxième rencontre a lieu réunissant le Comité des transports par chemin de
fer, les représentants du Canadien Pacifique et les représentants du milieu
témiscamien. Le transport par train nest pratiquement plus effectué, seulement sur
demande et le dernier train a circulé le 5 octobre 1984. La marchandise est donc
essentiellement transportée par camion. Pour de nombreuses raisons, le Comité propose
donc la fin de lexploitation de ces subdivisions. Ceci se fera officiellement en
janvier 1986.
En 1988, le Canadien Pacifique demande officiellement à
lOffice national des transports labandon de son service sur la ligne
Témiscaming Gendreau. Malgré son bon état, elle nest plus rentable. La ville ne
soppose pas à cet abandon. Donc, lOffice lui accorde sa requête. Le Canadien
Pacifique a donc cessé les services sur cette voie, en mars 1989. Cest la fin du
chemin de fer au Témiscamingue.
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