Le peuplement humain du Témiscamingue s’est fait bien avant que la première personne de race blanche n’y mette les pieds. En Abitibi à Taschereau, on a découvert un site datant d’environ 8 000 ans avant aujourd’hui (A.A.). Comme ces gens étaient originaires du sud et de l’ouest du continent, il y a fort à parier qu’ils ont occupé le Témiscamingue à une date encore plus ancienne. Malheureusement l’état embryonnaire de la recherche ne nous permet pas de certitude pour l’instant. Quoiqu’il en soit, il y a 5000 à 6000 ans, à une époque antérieure à la construction des pyramides en Égypte, des chasseurs-cueilleurs, ancêtres éloignés des Algonquins actuels ont vécu et fréquenté les abords du lac Témiscamingue sur la pointe où se dressent aujourd’hui le concept d’interprétation du Lieu historique national de Fort-Témiscamingue. Lors des fouilles de 1992, 1993, 1995 et 1997, on y a retrouvé des traces d’occupation qui prouvent que des gens ont habité cet espace depuis au moins le troisième millénaire av. J.-C. Ces travaux ont aussi démontré que les berges entourant le Fort Témiscamingue avaient reçu sans discontinuité la visite des autochtones depuis cette lointaine antiquité jusqu’au début du XXe siècle de notre ère.

Les Algonquins au Témiscamingue

Lorsque Jacques Cartier aborde les côtes gaspésiennes en 1534, l’Outaouais et l’Abitibi-Témiscamingue actuel sont occupés par des groupes amérindiens culturellement apparentés. Ceux ci parlent une langue de la famille algonquienne. Ce mot réfère à la grande famille linguistique et culturelle qui regroupe d’autres nations apparentées comme les Cris, les Attikamèques, les Micmacs, les Abénaquis. Ces derniers sont aux Algonquins ce que sont les Espagnols, les Roumains, les Italiens et les Portugais aux locuteurs de la langue française. Cette famille est largement répandue en Amérique du Nord avec des représentants dans les plaines de l’ouest (Pieds-Noirs et Chéyennes) jusqu’au contrefort californien ( Wiyots et Yuroks).

Le terme Algonquin nous est communiqué la première fois par Samuel de Champlain qui rencontre ceux-ci la première fois à Tadoussac en 1603. Le mot algonquin serait une déformation d’une désignation malécite ou montagnaise que Champlain aurait transcrite phonétiquement. A titre d’exemple, en montagnais " Algoumekuot " signifie ceux qui se peignent en rouge.

Vie des Algonquins

Au contraire des peuples iroquoiiens, agriculteurs et sédentaires, les Algonquins sont avant tout des nomades, c’est-à-dire qu’ils vivent principalement des produits de la chasse et de la pêche. Cette façon de vivre les amenait à se déplacer cycliquement à l’intérieur de leur vaste territoire. Il s’établisse alors pour des périodes plus ou moins longues à proximités des ressources disponibles comme les ravages des cervidés en hiver et les lieux de fraye en été.

Selon les spécialistes, on estime que lorsque Champlain fonde Québec, les Algonquins forment une population variant de 3000 à 5 000 âmes. Lors de la fondation de la Mission Saint-Claude, en 1863, la tribu algonquine entière compte à peine 1500 personnes : 1000 en Abitibi, 500 au Témiscamingue et quelques centaines en Outaouais. Ce replis de population est la conséquence directe de l’effet de certaines maladies infectieuses (rougeole, grippe, variole, petite vérole) qui ont décimé les populations tout au long du XVIIe, XVIIIe et XIX siècle. Quoiqu’il en soit, aujourd'hui la nation algonquine compte plus de 7 000 personnes réparties en 10 communautés au Québec et en Ontario.

Arrivée des Blancs

L’ouverture du Fort-Témiscamingue au 17e siècle, puis au 18e siècle vise bien sûr à se rapprocher des Algonquins, principaux pourvoyeurs de pelleteries mais surtout à court-circuiter la concurrence féroce des Anglais de Moossoonee qui eux, n’hésite pas à se rendre au lac Abitibi dès la fin du XVIIe siècle, entre autres par l’entremise de Radisson et DesGroseillers. Avec l’implantation du poste de traite, Fort-Témiscamingue devient bientôt le haut lieu du commerce des fourrures en pays algonquin. Ainsi, le contact permanent avec les Blancs est établi. Tout au long de l’année les Amérindiens viennent au Fort pour vendre leur fourrures et acquérir les provisions et les biens que leur offrent les traiteurs. Souvent, ils y résident plusieurs jours.

fort Témiscamingue en 1876.
fort Témiscamingue en 1876.

Arrivée des missionnaires

Les Algonquins se montrent réceptifs aux nouvelles idées véhiculés par les missionnaires catholiques. Ceux-ci n’éprouvent donc pas trop de difficulté à les évangéliser. Pour consolider leurs acquis, les missionnaires choisissent de s’installer en face du Fort-Témiscamingue sur la rive ontarienne. L’établissement prend le nom de mission Saint-Claude, l’endroit leur apparaît le mieux situé pour entrer en contact avec les Amérindiens qui tout au long de l’année, sont en déplacement sur leurs territoires.

Échange de culture

Avec les contacts de plus en plus nombreux avec les Blancs, les Algonquins intègrent progressivement certaines de leurs habitudes de vie. Ainsi ils modifient profondément leurs comportements économiques et spirituels. La traite des fourrures permet aux Amérindiens de se procurer des outils et des biens qui facilitent leur vie. Le castor lui fournit des chaudières, des haches, des épées, des couteaux, des textiles, alors qu’auparavant, la quasi-totalité des objets, outils et ustensiles, qu’ils façonnent sont faits de pierres taillées et polies, de céramique, de peaux, d’os, de bois et d’écorces.

Pour les Amérindiens le droit de propriété exclusive sur les territoires de chasse est une notion qui n’a aucun sens. En effet, selon eux, le créateur l’a mis à cet endroit avec un droit d’usufruit qui se maintiendra à condition qu’il soit une bonne personne et qu’il respecte les forces de la nature et l’esprit des animaux. Ce n’est qu’avec l’arrivé de la Compagnie de la Baie d’Hudson en 1821 que commence à apparaître la notion de territoires familiaux qui se transmettent de père en fils. Ce système perdure encore de nos jours.

la manipulation des bébés reste le même
la manipulation des bébés reste le même

Dans la spiritualité algonquine, les Amérindiens sont partie intégrante de la nature comme les animaux, les poissons, l’eau et le tonnerre. Ils estiment que les éléments de la nature possèdent une essence spirituelle et sont susceptibles de réagir à la conduite humaine. Certains individus, les shamans ( en algonquin: mandokewinni) , ont les connaissances nécessaires pour agir sur les événements ou pour agir comme intermédiaire entre les hommes et les esprits. À l’arrivée des missionnaires, les Amérindiens sont confrontés à plusieurs changements idéologiques. Les prêtres s’attaquent aux croyances ancestrales et à l’influence des shamans afin de les convertir au catholicisme. Les missionnaires arrivent au lac Témiscamingue convaincus de la supériorité de leur religion et de leur mode de vie. Ils considèrent les mœurs des Algonquins comme primitives.

Le contact avec les Amérindiens apportent beaucoup aux Blancs. Ils leur apportent différentes connaissances vitales; la capacité de survivre l’hiver, l’apport des plantes médicinales, la pratique de la chasse aux gibiers pour se nourrir. Ce sont les Amérindiens qui ont permis aux Blancs de pouvoir se déplacer dans la neige grâce aux raquettes.

Aujourd'hui

Donc, jusqu’au milieu du XIXe siècle, les relations entretenues avec les peuples amérindiens sont axées sur deux choses, le commerce et la religion. Il faut tirer profit de l’Amérindien pourvoyeur attitré de fourrures, se l’allier afin de gagner son appui advenant des conflits éventuels et le christianiser pour sauver son âme. Toutefois, avec l’essor de l’industrie forestière, son rôle s’estompe. Il devient même source d'embarras. On le déplace et on l’expulse des régions visées par les entrepreneurs forestiers. Ainsi peu à peu germe l’idée de les confiner dans des espaces plus restreints, de transformer les chasseurs nomades en agriculteurs autonomes. En 1851, la législature du Canada-Uni affecte 93 080 hectares de terres à la création de onze communautés algonquines au Québec pour l’utilisation exclusive des peuples amérindiens. Parmi celles-ci deux sont réservés aux Algonquins, la réserve de Maniwaki en Outaouais et celle de Notre-Dame-Du-Nord au Témiscamingue. Dans les années 1970, une seconde réserve est érigée à Kipawa. À Winneway sont rassemblés les membres de la bande de Sand point. Winneway n’est pas légalement une réserve. Pour leur part, les membres de la bande de Wolfes lakes vivent, pour la plupart, à Témiscaming.

Source:
Marc Côté, archéologue
Corporation Archéo-08